En mai 2026, Ophea et Femmes et sport au Canada ont animé deux webinaires portant sur l’équité des genres en éducation physique et santé (ÉPS) ainsi que dans l’ensemble des espaces d’activité physique au quotidien. Si vous n’avez pas pu y assister en direct, les enregistrements complets de ces séances sont désormais accessibles sur la chaîne YouTube d’Ophea :
Ces webinaires (en anglais) prenaient la forme d’échanges avec six spécialistes qui ont fait part de leurs perspectives et de leurs diverses expériences dans les domaines de la santé mentale, de la recherche et du sport en milieu scolaire. Leurs connaissances sont si vastes que nous poursuivrons la discussion avec ces personnes par l’entremise d’une série de blogues tout au long de l’été!
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La création de milieux respectueux de la diversité corporelle
Ary Maharaj, panéliste, a fait part de ses réflexions nourries par son expérience à titre de psychothérapeute autorisé accompagnant les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale, et de chef d’équipe en éducation communautaire au National Eating Disorders Information Centre (NEDIC) :
« Il faut le reconnaître : l’approche axée sur les maladies chroniques en matière de promotion de la santé a échoué. J’irais même jusqu’à dire que la pathologisation qui sous-tend cette approche ramène le problème à l’individu, ce qui engendre un sentiment de honte et de culpabilité qui ne fait qu’isoler encore plus les personnes concernées.
Je privilégie une approche globale en milieu scolaire pour créer des environnements respectueux de la diversité corporelle, ce qui se traduit généralement par les éléments suivants :
- un enseignement adapté, offert au sein de groupes de pairs;
- le perfectionnement professionnel du personnel enseignant par des occasions d’apprentissage et de mentorat;
- la communication proactive d’information aux parents afin de les aider à consolider, à leur manière, les apprentissages réalisés en classe.
Un résultat de recherche des plus encourageants démontre que la prévention des troubles alimentaires et la création d’espaces positifs valorisant l’identité sont étroitement liées. Par exemple, les écoles dotées de comités pour la création d’espaces positifs et favorisant davantage l’inclusion des personnes queers ont observé une baisse des troubles alimentaires au fil du temps. Tirons parti de ces liens étroits et de ce message bien simple : chaque personne est unique et la diversité humaine mérite d’être valorisée. »
Littératie médiatique et image corporelle
Ary a également souligné l’influence grandissante des médias sur la perception des jeunes de leur propre personne et de leur corps.
« Les stratégies de perte de poids ne datent pas d’hier, mais l’argent, la publicité et l’engouement pour les vedettes qui y sont associés ont grandement amplifié le phénomène. Voilà pourquoi, comme adultes, il importe de réfléchir à notre propre rapport au poids et à la santé. Autrement, nous risquons de perpétuer involontairement l’idée que la perte de poids est indispensable à la santé. »
Pédagogue, membre du laboratoire de recherche IDEAS et doctorante en kinésiologie et éducation physique, Jasmine Lew a abondé dans le même sens. Elle a également proposé une stratégie d’intervention concrète à l’intention du personnel enseignant.
« Bien des élèves s’informent sur le corps et la santé sur les médias sociaux avant même d’aborder ces sujets en classe. Sur Internet, on les bombarde de messages portant sur les idéaux corporels, l’alimentation dite “saine”, l’optimisation de soi, les tendances en matière de bien-être et la culture de la performance.
Une stratégie s’avère de plus en plus incontournable : intégrer la littératie médiatique à même l’enseignement de la santé et de l’activité physique. L’accompagnement des élèves pour analyser de façon critique qui tire profit de ces messages et l’influence de ceux-ci sur l’estime de soi permet de cultiver un rapport plus sain à l’activité physique et à la santé de façon globale et d’atténuer le sentiment de honte évoqué par Ary. »
La création d’un espace d’échange bienveillant autour de la santé et de l’image corporelle
La création de milieux d’apprentissage et d’activité physique plus sains n’exige pas toujours de grands changements. L’enseignante en santé et éducation physique, athlète et entraîneuse Mackenzie Higgs a fait part d’exemples simples, mais percutants, de méthodes qu’elle intègre à son enseignement quotidien pour contrer les messages nocifs sur l’image corporelle.
« Je porte une attention particulière au vocabulaire que j’emploie lorsque nous abordons l’alimentation et les habitudes alimentaires dans le cadre de nos modules sur la saine alimentation et sur la santé mentale. Je m’assure de m’adresser à l’ensemble des genres et de traiter des pressions liées à l’image corporelle, dans l’espoir que les élèves puissent aussi faire preuve d’empathie et de compréhension envers leurs camarades. »
« J’intègre également divers exemples de femmes dans le milieu du sport qui servent de modèles et qui dénoncent les attentes de la société à l’égard du corps, comme Ilona Maher (joueuse de rugby américaine), Simone Biles (gymnaste américaine) et Brandie Wilkerson (joueuse de volleyball canadienne). »
Mackenzie et Ary ont souligné qu’il est tout aussi primordial d’offrir aux jeunes la possibilité de poser des questions, réfléchir et remettre en question les idées reçues que de leur transmettre des connaissances.
« Les échanges ouverts et francs avec les élèves portent grandement des fruits. D’ailleurs, les meilleurs cours de santé reposent souvent sur les échanges! Pour le personnel enseignant qui ne sait pas par où commencer, je recommande les ressources sur la confiance corporelle de Dove; il s’agit d’un excellent point de départ qui peut servir d’assises et être adapté aux différents groupes. » – Mackenzie
« Lorsque j’aborde ces sujets avec les élèves (généralement à partir de la 6e année, d’après mon expérience), j’essaie de m’intéresser à leur perception du lien entre le poids et la santé. Que signifie la santé à leurs yeux? Quels mythes font partie de leurs croyances intériorisées, et comment pouvons-nous, par le dialogue, élargir leur perspective pour l’assouplir? Je n’interviens pas en tant qu’adulte s’exprimant avec un sentiment de supériorité morale, mais plutôt comme une personne capable de tisser des liens, car chaque personne entretient son propre rapport à son corps et à sa santé! » – Ary
La confiance par l’inclusion
La mise en place d’expériences positives liées à l’activité physique ne se résume pas aux activités au programme; il s’agit plutôt de favoriser des milieux où les jeunes se sentent reconnus, soutenus et valorisés.
« La pleine émancipation de nos jeunes participantes devrait être une priorité absolue pour l’ensemble du personnel enseignant. La valorisation des personnes qui, d’ordinaire, passent inaperçues dans les cours d’éducation physique porte grandement ses fruits lorsqu’il s’agit d’accroître la confiance et le sentiment d’aisance dans ce milieu. Les élèves font preuve de perspicacité et savent distinguer une rétroaction sincère d’un commentaire de mauvaise foi. C’est pourquoi la franchise et la précision, même pour souligner une légère amélioration, démontrent que le personnel enseignant remarque les efforts déployés.
En ce qui concerne les élèves aux aptitudes plus athlétiques, j’ai constaté que le fait de souligner leur leadership et leur esprit d’équipe contribuait à créer un environnement inclusif pour l’ensemble du groupe, et ces personnes continuent de faire preuve de ces habiletés tout au long de l’année. » – Mackenzie
Le personnel enseignant, les entraîneurs et le personnel d’animation peuvent forger des expériences inclusives en soulignant le cheminement individuel, en offrant des choix et en créant des milieux où les élèves se sentent en confiance pour participer de façon authentique.
« Le personnel enseignant et les entraîneurs jouent un rôle de premier plan pour tenter d’atténuer la honte liée aux changements corporels et pour normaliser le fait que les ressentis corporels varient selon les périodes, les contextes et le vécu. De fortes pressions sociales s’articulent autour de l’apparence, de la féminité, des aptitudes athlétiques et de la performance, souvent au moment même où les jeunes traversent d’importants changements physiques et émotionnels. Lorsque les milieux d’activité physique ne valorisent que l’endurance, la force de caractère ou le fait de faire abstraction de la douleur, les élèves risquent d’intérioriser l’idée selon laquelle avoir besoin de repos, de souplesse ou de soutien équivaut à un échec.
L’accompagnement des filles et des jeunes de la diversité de genre dans les milieux d’activité physique suppose de renoncer à l’idée que la participation doit revêtir la même forme jour après jour. La souplesse, l’autonomie et la liberté de choix sont essentielles. Des élèves pourraient souhaiter une participation très dynamique, tandis que d’autres pourraient avoir besoin d’adaptations, d’exercices d’ancrage, d’un rythme plus lent ou de périodes de repos. L’aménagement de milieux où ces choix sont respectés sans jugement permet aux élèves de conserver, au fil du temps, un rapport positif à l’activité physique.
S’il y a une chose que l’enseignement et l’animation m’ont apprise, c’est que les élèves se souviennent souvent davantage de l’ambiance qui régnait que de l’activité en soi. Le fait d’évoluer dans un climat de respect et d’écoute, et de pouvoir participer sans craindre la gêne, a le pouvoir de façonner durablement le rapport d’une personne à l’activité physique. Bien souvent, l’objectif ne se limite pas à accroître la participation à un cours en particulier, mais consiste plutôt à aider les élèves à cultiver un rapport à l’activité physique qui soit durable, bénéfique et porteur de sens tout au long de leur vie. » – Jasmine
Ressources connexes
La présente liste n’est pas exhaustive; elle regroupe plutôt des ressources et des programmes que l’équipe d’animation du webinaire et les panélistes ont souhaité partager.
Histoires vécues (en anglais)
Documentaire « Your Fat Friend », offert sur CBC Gem (page Web externe)
Ilona Maher, joueuse de rugby professionnelle (page Web externe)
Sonya Renee Taylor, autrice et poétesse (page Web externe)
Épisode de balado Gym Shorts avec Tammy Shubat : How One Size Fits All Didn’t Fit Me (page Web externe)
Éducation à la santé et au développement à l’adolescence
The Scarlet Teen (en anglais, page Web externe)
Changer et Grandir de Always (Ophea.net web page)
Programme de confiance corporelle dans le sport de Dove (page Web externe)
The Vajenda de la Dre Jen Gunter (en anglais, page Web externe)
Programmes d’éducation communautaire du NEDIC (en anglais, page Web externe)
Femmes et sport au Canada
Le Signal de ralliement 2024 (page web externe)