À l’école secondaire Nbisiing, qui est gérée par les Premières Nations et qui se trouve juste à l’extérieur de North Bay, sur les rives du lac Nipissing, l’enseignement reflète les valeurs, les traditions et les connaissances de la Première Nation de Nipissing. On y guide les élèves vers le mno-bmaadziwin, « la bonne vie ». Cette école privée est gérée par les Premières Nations et inspectée par la province et offre une grande variété de cours adaptés aux besoins et aux aspirations des élèves des Premières Nations. Cette école incarne la vision novatrice de l’éducation dans la nation en mettant l’accent sur les traditions et les valeurs transmises par les aînés, ainsi que sur les rêves et les espoirs des apprenants pour l’avenir. L’apprentissage des élèves prend souvent la forme d’une combinaison d’expériences et de récits ancrés dans le patrimoine et la culture, fusionnant traditions et attentes.
Ophea et Nbisiing ont entrepris un projet sur plusieurs années, grâce à une aide financière du Fonds Niigaan Gdizhaami, visant à créer conjointement des cadres de travail qui mettraient en valeur les enseignements autochtones.
Au cours de ces deux dernières années, la collaboration entre l’école secondaire Nbisiing et Ophea s’est transformée en une relation marquée par le respect, l’apprentissage et une vision commune de l’éducation. Cette vision vise à établir un environnement sûr et inclusif pour chaque élève en combinant les savoirs traditionnels et les cadres occidentaux. Ophea et l’école secondaire Nbisiing ont collaboré dans le cadre du programme de la Certification écoles saines (qui est devenu le Programme de reconnaissance des écoles saines) et ont établi un ensemble de normes de sécurité adaptées aux activités traditionnelles de la Première Nation de Nipissing. Selon Daniel Stevens, directeur de l’éducation de la Première Nation de Nipissing et membre du conseil d’administration d’Ophea, ce partenariat est une passerelle qui se renforcera grâce à la poursuite de cette collaboration pour une troisième année.
Une vision commune : apprendre par la collaboration
L’éducation à l’école secondaire Nbisiing a toujours été axée sur l’équilibre, combinant les enseignements culturels et les attentes provinciales tout en honorant la sagesse des générations, selon M. Stevens. « Nous avons un dicton qui dit qu’on peut entendre un enseignement 100 fois et apprendre quelque chose de nouveau chaque fois. Notre méthodologie et notre pédagogie sont basées sur cette approche répétitive de l’enseignement. La maîtrise des habiletés est fondamentale, et c’est par la maîtrise que l’on parvient à la sécurité. Elle fait partie intégrante du processus. »
Les systèmes éducatifs autochtones comprennent que la sécurité ne consiste pas en une simple liste de mesures préventives, mais en une relation entre le personnel enseignant et l’élève, la personne et la terre, la communauté et la culture. Pourtant, comme le souligne M. Stevens, lorsqu’une personne se blesse, les systèmes occidentaux se tournent souvent vers des listes de contrôle. « La première question qu’on nous pose est : “Avez-vous respecté les normes de sécurité?” », dit-il, en référence aux Normes de sécurité de l’Ontario pour l’activité physique en éducation (NSOAPE). « Ce que nous faisons ne correspond pas à ces listes de contrôle. La sécurité est déjà intégrée dans notre enseignement. »
La prise de conscience de cet écart entre deux façons de comprendre la sécurité a ouvert la voie au dialogue et à la collaboration.
Le partenariat entre l’école secondaire Nbisiing et Ophea est né d’un engagement commun à créer des environnements d’apprentissage sûrs, inclusifs et adaptés à la culture. Fondé sur le respect mutuel, il s’est établi grâce à un dialogue ouvert, à la confiance et à une volonté sincère d’apprendre les uns des autres. Les cadres de sécurité occidentaux, qui sont souvent axés sur la gestion structurée des risques et les politiques, ont été enrichis par les perspectives autochtones, qui considèrent la sécurité comme un concept holistique, tissé par les relations, l’apprentissage basé sur la terre et le bien-être de la communauté. Ensemble, ces modes de connaissance ont révélé que la sécurité des élèves ne se limite pas à leur protection physique, mais qu’elle concerne également l’appartenance, les liens et l’identité culturelle. En honorant ces deux perspectives, le partenariat offre un modèle qui respecte les connaissances traditionnelles, tout en correspondant aux normes de sécurité établies, montrant que, lorsque les approches autochtones et occidentales se rencontrent, des solutions peuvent émerger.
Écouter, apprendre et instaurer la confiance
Au cours de la première année du partenariat, Ophea avait à cœur de comprendre le paysage éducatif de la Première Nation de Nipissing, où le sentiment d’appartenance des élèves autochtones est un élément clé de leur réussite.
Ensemble, Ophea et l’école secondaire Nbisiing ont travaillé dans le cadre du programme de la Certification écoles saines, pour faire concorder la promotion de la santé et les enseignements culturels. Le résultat n’a pas été seulement une certification, mais une vision commune : l’identité culturelle de chaque élève est une source de force, et le bien-être est atteint lorsque la personne est nourrie dans son ensemble, corps, esprit, émotions et âme. Cette collaboration a contribué à orienter la démarche de refonte du programme Écoles saines et a façonné les changements qui s’imposaient.
Ces premiers efforts ont permis d’approfondir les relations et de jeter les bases de ce qui allait suivre : la création de normes de sécurité adaptées sur le plan culturel, qui respectent à la fois les enseignements autochtones et la politique provinciale.
Création collaborative de normes de sécurité
Au cours de la deuxième année, le partenariat s’est orienté vers la création d’un guide pour l’élaboration de normes de sécurité afin d’aider l’école secondaire Nbisiing à établir des normes de sécurité axées sur le bien-être et la sécurité des élèves, d’une manière qui reflète les valeurs et les besoins de la communauté et des élèves autochtones. L’objectif était d’assurer la sécurité des élèves, de sensibiliser les membres du personnel enseignant aux activités liées à la terre et de renforcer leur confiance dans leur mise en œuvre, ainsi que d’élaborer une démarche pour documenter et examiner les pratiques de sécurité ancrées dans la culture. Cette démarche contribuera à réduire les risques juridiques et à renforcer la crédibilité de ces pratiques, qui peuvent être adaptées pour créer des normes de sécurité supplémentaires pour d’autres activités culturelles dans les écoles.
Le guide combine les enseignements traditionnels de Nbisiing et l’expertise d’Ophea en matière de gestion des risques. Il montre comment la sécurité peut être intégrée non par des restrictions, mais par le respect de la terre, des outils et des personnes engagées dans l’apprentissage.
Pour donner vie à ce guide, l’équipe a choisi une activité comme point de départ : l’abattage d’arbres pour la construction de chalets. Dans le cadre de cette pratique, il faut travailler en plein air, utiliser des outils tranchants et collaborer étroitement, ce qui offre l’occasion idéale d’examiner l’intégration de la sécurité à chaque étape des enseignements traditionnels.
Par l’observation et le dialogue, l’équipe a documenté la manière dont les aînés et les éducateurs guident les élèves : le choix des arbres à abattre, le moment de récolter les matériaux, l’utilisation des outils de manière responsable et les façons de montrer sa gratitude envers la terre. Ces enseignements comportaient déjà des principes de sécurité solides; il suffisait de les articuler de manière à les faire correspondre aux cadres provinciaux existants.
Ce qui a rendu cette approche si efficace, c’est l’accent mis sur la création collaborative. Ensemble, Ophea et l’école secondaire Nbisiing ont élaboré une démarche en cinq étapes pour créer et maintenir des normes de sécurité adaptées à la culture :
- Étape 1 : Mettre en place un soutien dans le système – Établir un objectif commun et instaurer un climat de confiance avec les dirigeants scolaires et le personnel enseignant. Utiliser les Normes de sécurité de l’Ontario pour l’activité physique en éducation (NSOAPE) comme base et les adapter pour qu’elles reflètent les réalités culturelles.
- Étape 2 : Évaluer les besoins – Travailler avec la communauté pour déterminer quelles sont les activités prioritaires. Examiner les pratiques de sécurité actuelles et cerner les lacunes dans la documentation ou le soutien.
- Étape 3 : Examiner les pratiques actuelles – Observer, écouter et documenter les pratiques de sécurité actuellement mises en œuvre dans la communauté. Comparer celles-ci avec les NSOAPE afin de cerner les différences et les possibilités d’adaptation.
- Étape 4 : Créer des normes de sécurité – Collaborer afin de créer des normes qui intègrent les connaissances culturelles et systémiques. Inclure des normes qui traitent des divers éléments d’une activité, tels que les outils, le matériel et les accessoires, afin de faciliter la mise en œuvre.
- Étape 5 : Maintenir et revoir régulièrement les normes – Examiner, mettre à jour et ajouter des normes relativement aux activités existantes et nouvelles. Traiter la sécurité comme un enseignement saisonnier – continu et évolutif.
La suite des choses
Cette collaboration a permis à Ophea et à Nbisiing de créer bien plus qu’un simple guide. Elle a mené à l’élaboration d’un modèle montrant comment l’intégrité culturelle et les normes modernes peuvent coexister et s’enrichir mutuellement, rendant l’apprentissage plus sûr, plus approfondi et plus enrichissant pour tous. La collaboration entre Ophea et l’école secondaire Nbisiing démontre ce qu’il est possible de réaliser lorsque les organisations vont au-delà de la simple consultation pour établir un véritable partenariat, lorsque les connaissances autochtones ne sont pas simplement incluses, mais au cœur de la démarche, et lorsque les politiques et les pratiques s’harmonisent dans un esprit de respect. Le parcours n’est pas terminé; alors que le partenariat entame sa troisième année, les équipes continueront de travailler côte à côte, en s’appuyant sur le guide pour élaborer des normes de sécurité pour un éventail encore plus large d’activités.
Pour en savoir plus sur ce partenariat, consultez le rapport d’impact d’Ophea.