Amorcer une conversation AVANT une activité éducative en plein air

Amorcer une conversation concernant les risques et la gestion des risques

On parle souvent de « gestion des risques » lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité du groupe dans le cadre des activités scolaires, et même lors des activités qui se déroulent en dehors de l’école. Voici quelques questions d’orientation à poser aux élèves pour amorcer une discussion sur les risques et la gestion des risques.

  • Selon vous, qu’entend-on par « gestion des risques »?
  • Quels sont des risques courants auxquels vous pourriez être exposés dans le cadre de l’éducation en plein air?
  • Quels sont les risques possibles inhérents à « x » (précisez l’activité)?
  • Comment pouvez-vous minimiser ces risques?
  • Quelles sont les conséquences possibles de ne pas participer à l’activité?
  • Que pouvez-vous faire pour vous assurer que toutes les mesures de sécurité sont prises?
  • Que pouvez-vous faire en tant qu’individu pour vous assurer qu’une excursion soit sécuritaire?
  • Que pouvez-vous faire en tant que groupe pour vous assurer qu’une excursion soit sécuritaire?

La théorie du citron

Présentez la « théorie du citron » de la gestion des risques : Dans son livre sur la tragédie du lac Témiscamingue de 1978, Wilderness Crises Management, l’auteur James Raffan, examine une excursion en canot de trois semaines du lac Témiscamingue jusqu’à la Baie James. Vingt-sept garçons âgés de 12 à 14 ans et quatre membres du personnel enseignant avaient embarqué dans quatre canots de 22 pieds de type voyageur. En début d’après-midi, une tempête s’était abattue et à la fin de la journée, 12 garçons et un membre du personnel enseignant étaient décédés.

James Raffan soutient que les noyades lors de cette excursion en canot étaient tout à fait prévisibles étant donné les facteurs qui y ont mené. Il utilise la métaphore de la machine à sous (montrez aux élèves une photo tirée de Google Images) pour laquelle chaque facteur conduisant à un accident est un « citron ». Quand vous avez cumulé trois citrons ou plus dans une situation, vous touchez le « gros lot », mais dans ce cas, il s’agit d’un accident. Demandez aux élèves de faire un remue-méninges sur les « citrons » possibles dans une activité de plein air afin de promouvoir une culture d’identification et d’atténuation des risques au cours de l’excursion.

« Expériences audacieuses »

L’un des objectifs de l’excursion ou de l’activité que nous nous apprêtons à faire est de proposer à chaque personne une occasion de développer ses compétences, sa confiance et ses capacités. Ce qui est perçu comme un défi ou un risque au cours de l’excursion ou de l’activité variera d’une personne à l’autre et ce qui est jugé risqué par une personne peut ne poser aucun risque réel (par exemple, s’endormir avec une araignée dans la tente).

Comment pouvons-nous assurer notre sécurité mutuelle sur les plans émotionnel et physique, alors que chaque personne explore les « expériences audacieuses » qu’il faut tenter afin de nous dépasser et de nous épanouir?

Compétences générales et compétences spécialisées

Chaque personne possède un niveau différent de compétence et d’aisance relativement à l’activité en plein air en question.

  • Selon vos compétences personnelles et votre niveau d’aisance, quels éléments clés de l’équipement de sécurité pensez-vous devoir avoir avec vous en tout temps pour cette activité en cas d’urgence?
  • Est-ce que la même chose s’applique pour chacune de nos excursions ensemble, ou ces éléments varieront-ils selon l’activité?
  • Quelles sont vos « compétences générales » qui seront utiles pour le groupe, et comment pourront-elles aider en cas d’urgence ou empêcher qu’une situation d’urgence ne se produise?
  • Quel est le rôle du membre du personnel enseignant dans la gestion des risques? Comment ce rôle pourrait-il changer pour un élève qui est le « meneur pour une journée »?

Risque réel par rapport au risque perçu

Il y a souvent des différences entre le risque réel et le risque perçu.

  • Selon vous, quels sont les risques réels et les risques perçus de cette activité ou de cette excursion?
  • Comment pouvons-nous réduire les risques réels?
  • Comment pouvons-nous gérer les risques perçus?

Le risque perçu et le danger réel : données sur les noyades

L’examen de données est une bonne façon de bien saisir les risques réels associés à une activité. Par exemple, des centaines de personnes se noient chaque année au Canada. La capacité d’une personne à nager est un risque perçu courant; cependant, d’autres réels facteurs de risque ou « citrons » peuvent causer une noyade. La compréhension de ces réels risques peut aider les participantes/participants à prendre de meilleures décisions et à réduire le risque.

L’examen de données publiques peut aider à prendre des décisions éclairées sur la gestion des risques pour les activités aquatiques.

Facteurs de risque par activité

Le risque de noyade augmente selon le pourcentage ci-dessous pour chaque facteur. Par exemple, le non-port de vêtement de flottaison individuel (V.F.I.) augmente de 88 % le risque qu’une personne se noie lors d’une activité aquatique.

En bateau :

  • Ne pas porter de vêtement de flottaison individuel (V.F.I.) (88 %)
  • Consommer de l’alcool (40 %)
  • Chavirer (35 %)
  • Aller sur l’eau en solo (33 %)
  • Chuter par-dessus bord (30 %)

À la nage :

  • Incapable de nager (42 %)
  • Nager en solo (32 %)
  • Consommer de l’alcool (30 %)
  • Maladie cardiaque ou crise cardiaque (22 %)

(Données : Centre canadien de recherche sur la prévention de la noyade, 2016)

De plus, selon le Bureau du coroner en chef de l’Ontario (2010), 96 % des personnes qui conduisaient un bateau à moteur ou sans moteur qui se sont noyées ne portaient pas de vêtement de flottaison individuel. Parmi ceux dont le statut de nageur était connu, 40 % n’étaient pas des nageurs et 34 % des victimes de noyade n’étaient pas nées au Canada.

Ce que révèlent ces statistiques

Le port d’un vêtement de flottaison individuel (V.F.I.) ou d’un gilet de sauvetage bien ajusté est l’un des meilleurs moyens de réduire les risques de noyade. L’utilisation d’un système de jumelage lors d’activités de nage peut aussi réduire le risque de noyade pour les personnes qui savent nager. Il est important de comprendre comment chaque facteur augmente nos risques de blessure ou de noyade pour mettre en place les lignes directrices pertinentes et l’équipement nécessaire afin de prévenir la noyade lors de nos excursions éducatives en plein air.

Par exemple, les élèves qui n’ont pas suivi de leçons de natation ou qui n’ont pas eu accès à des piscines ou d’autres plans d’eau en grandissant pourraient avoir besoin de plus de formation sur les risques associés aux activités aquatiques. Il faut aussi tenir compte des connaissances, des expériences et de la capacité des élèves lorsque vient le temps de déterminer les stratégies et l’équipement de sécurité requis pour les activités d’éducation en plein air.

L’importance de la supervision et surveillance près de l’eau

Entre 1991 et 2014, il y a eu plus de 12 000 décès liés à l’eau au Canada.

L’analyse de ces données a révélé qu’environ 1 % des noyades se sont produites sous la surveillance directe d’un ou de plusieurs sauveteurs ou instructeurs. Compte tenu de ces données, la surveillance effectuée par une personne qualifiée est l’une des pratiques préventives clés que nous pouvons mettre en place pour assurer notre sécurité dans l’eau.

(Sous-section : Coalition canadienne pour la prévention de la noyade, 2017)

Études de cas à discuter

École St. John’s — Tragédie en canot sur le lac Témiscamingue (1978)

Contexte

La philosophie de l’école était de forger le caractère par des épreuves et des défis. L’une des nombreuses activités organisées par l’école était une excursion en canot de trois semaines du lac Témiscamingue jusqu’à la Baie James. Vingt-sept garçons âgés de 12 à 14 ans et quatre membres du personnel enseignant avaient embarqué dans quatre canots de 22 pieds de type voyageur. En début d’après-midi, une tempête s’était abattue et à la fin de la journée, 12 garçons et un membre du personnel enseignant étaient décédés.

Cause de la tragédie

  • Il n’y avait pas de cartes d’itinéraires et les membres du personnel enseignant n’avaient jamais fait cette excursion auparavant. Un membre du personnel enseignant n’avait aucune expérience de canotage.
  • Le groupe n’avait pas d’équipement de sauvetage ni de procédures d’urgence.
  • Certains garçons ne savaient pas nager et les membres du personnel enseignant ne savaient pas qui pouvait ou ne pouvait pas nager parmi les garçons. L’un des membres du personnel enseignant ne savait pas bien nager non plus.
  • Personne n’avait fait de canot depuis l’automne dernier.
  • Il n’y avait pas eu de préparation physique ou de formation pour l’excursion.
  • Personne n’avait reçu de formation en premiers soins, en sauvetage en canot ou en secourisme.
  • Les nouveaux canots de 22 pieds avaient été modifiés pour pouvoir être chargés davantage, ce qui a altéré le centre de gravité et l’équilibre des canots et les a rendus plus instables et difficiles à contrôler.
  • L’excursion a commencé tôt le matin après une nuit de route et le groupe n’avait pas mangé de repas chaud au petit déjeuner ni au dîner.

Ce que nous pouvons retenir

Le rapport du coroner concluait ainsi : « nous estimons que pour des garçons de 12 à 14 ans, toute cette expédition constituait un défi exagéré et inutile ». Quelques leçons peuvent être tirées de cette tragédie :

  • Nous devons créer et relever des défis qui conviennent au groupe d’âge et au niveau de compétence des personnes concernées.
  • Il est important de garder le but à l’esprit tout au long de l’activité. Ce n’est pas le fait de compléter un parcours, c’est d’être à l’extérieur et d’apprendre à un rythme qui correspond à celui des élèves et du personnel enseignant.
  • Les mesures de précaution comme la formation, l’équipement et les plans de sécurité qui sont opportuns et appropriés selon l’âge et le milieu constituent des mesures importantes pour la sécurité.

Réflexions sur la tragédie

  • Une réflexion et une communication éclairées sont essentielles à la gestion efficace des risques.
  • Pour le personnel enseignant et les élèves, il est important d’apprendre des tragédies passées, des accidents évités de justesse et des expériences vécues. Les politiques et pratiques contemporaines de gestion des risques que vous suivez aujourd’hui découlent en grande partie de ce cas.
  • Ne vous attendez jamais à ce que seul le respect des lignes directrices, des certifications et des politiques assure la sécurité de tous les individus. Plutôt, le jugement, la communication, la réflexion, les connaissances locales et l’expérience sont des facteurs clés dans l’atténuation efficace des risques pendant la préparation et sur le terrain.

Mises en situation concernant la gestion des risques à discuter avec les élèves, les autres membres du personnel enseignant et les surveillantes/surveillants

Camping

Stella et Jarod rapportent à leur enseignant qu’en passant devant une autre tente d’élèves pour se rendre à l’aire commune, ils ont senti une odeur de maïs soufflé. Ils sont sur une île dans le parc Algonquin. Lorsque l’enseignant s’approche de la tente, il peut entendre quelques élèves discuter à l’intérieur. Quand il les interroge sur la nourriture dans leur tente, elles et ils répondent avec indignation : « Pensez-vous VRAIMENT qu’un ours va nager jusqu’à une île, sentir la nourriture dans cette tente et essayer d’y entrer? ».

Camping hivernal

La classe de Mme Knight effectue son entraînement de camp d’hiver sur le terrain de l’école. L’après-midi, les quinzees sont construits, les températures avoisinent les -5 °C. Tout se passe bien, et quand l’heure du coucher arrive, les élèves se retirent dans leurs nouveaux abris. Ils remarquent que le temps « n’est pas si mauvais », et ils sont tout à fait à l’aise avec quelques épaisseurs de vêtements. Vers 23 h, les températures commencent à augmenter au fur et à mesure qu’un front chaud s’avance. À 2 h, il commence à pleuvoir légèrement et il fait 2 °C. À 6 h 30, lorsque Mme Knight se réveille, une pluie continue tombe depuis plusieurs heures. La neige sur le sol est en train de fondre et les quinzees qui entourent sa tente s’affaissent. À 7 h, deux filles se présentent à sa tente pour dire qu’elles se dirigent vers l’école pour aller aux toilettes, et leur autre camarade dort toujours dans le quinzee. À leur retour, elles voient leur quinzee quasi effondré, laissant très peu de place à leur amie qui s’y trouve. Quand elles la réveillent, elle s’assied rapidement et le quinzee s’effondre autour d’elle.

Excursion pédestre avec sac à dos en arrière-pays

Celina est ravie de faire une randonnée pédestre de quatre jours en arrière-pays. Elle a manqué la randonnée d’entraînement, mais elle est sûre d’être prête pour l’excursion. Sa troupe de guides avait l’habitude de parcourir les sentiers près de chez elle, alors elle pense avoir l’expérience nécessaire, et elle a de toutes nouvelles bottes de randonnée ainsi qu’un sac à dos qu’elle a reçu pour Noël. Ce sera enfin l’occasion de montrer son nouvel équipement à ses amis!

Excursion pédestre locale

Britt et Yuseff attendent avec impatience la randonnée d’entraînement de demain. Ils seront fantastiques. Après tout, il s’agit du même trajet parcouru par l’équipe d’athlétisme pour s’entraîner. Ils savent qu’ils peuvent terminer avant le reste de la classe et passer à un restaurant pour une collation pendant que le reste du groupe marche derrière eux. Ils seront de retour au début des sentiers avant que quelqu’un s’aperçoive qu’ils sont partis et personne ne le saura. L’enseignante a indiqué que pendant toute la randonnée, chaque randonneur doit se trouver à distance d’appel des personnes qui le précèdent et de celles qui le suivent. Mais s’ils marchent juste assez vite au début pour prendre une avance, ils pourront dire qu’ils n’ont pas entendu l’appel. Après tout, ce n’est pas de leur faute si les autres sont aussi lents.

Kayak

Lilianne se prépare pour son excursion en kayak, et apporte ses plus beaux t-shirts et shorts pour bien paraître sur les photos qu’elle publiera plus tard sur les médias sociaux. Elle craint que son vêtement de flottaison individuel (V.F.I.) lui donne des marques de bronzage ridicules juste avant le bal de fin d’année. Elle prévoit de porter surtout des débardeurs au camp, pour égaliser ses marques de bronzage. Et pas de chapeau, malgré l’insistance du personnel enseignant qui lui répète qu’il est obligatoire sur l’eau. Un chapeau ne lui convient pas bien, et si elle a chaud, elle s’aspergera avec de l’eau. Les nouveaux produits de bronzage qu’elle a achetés lui donneront une peau basanée avant le bal de fin d’année. Sa mère met son chapeau dans son sac la veille de son départ, mais Lilianne le sort de son sac une fois que sa mère lui a dit bonne nuit. Elle ne le saura jamais.

Références